Where is my Mind? (1): William Burroughs Sous Influences

Where is my Mind? (1): William Burroughs Sous Influences

Soumis par Christophe Becker le 08/10/2013
Catégories: Esthétique

 

«You’re supposed to be reputable scientists! Not two dorm kids freaking on Mexican mushrooms!»[i]

La notion d’asthénie, ou d’«énergie gâchée» pour reprendre l’expression d’Eric Mottram[ii], est l’une des préoccupations majeures de l’écrivain américain William S. Burroughs (1917 – 1998). Cette asthénie est au cœur du travail de sape quotidien des «forces de contrôle», autrement dit des forces qui gouvernent et exploitent la Terre de façon plus ou moins dissimulée dans la mythologie burroughsienne.

Elle touche aussi bien le corps que l’esprit: les muscles endormis par l’usage de substances et de médicaments, le cerveau ankylosé par les images, la consommation effrénée, et par une culture de masse insipide. Pour Burroughs, l’asthénie est provoquée afin de «programmer» chaque individu comme on programmerait une machine sans volonté ni libre-arbitre. Le premier des champs de bataille ne se situe pas, en conséquence, dans les rues. Ce champ de bataille, c’est le corps humain imparfait au sens large, physiologique, autrement dit l’alliance de la chair et de l’esprit; ces «frontières corporelles qui lient les individus au système restrictif de l’économie et des désirs»[iii], résume Gérard-George Lemaire, et fait de l’individu une «machine passablement compliquée»[iv] incapable de se révolter puisque otage d’un programme qu’elle n’a pas elle-même conçu ou choisi.

Parmi les nombreuses pistes qui se présentent à l’auteur quant à la «libération» potentielle de l’humanité, un travail de fond afin de mieux comprendre le corps humain et l’esprit s’impose rapidement. Cette meilleure compréhension passe essentiellement par la drogue, non pas les opiacées qui jouent un rôle concret dans l’asservissement des masses, mais  par les substances hallucinogènes. Dans «Deposition: Testimony Concerning a Sickness» (1960), Burroughs soulignait la distinction entre ces deux familles de drogues qui, estimait-il, agissent de façons «physiologiquement opposées»:

When I [William Burroughs] speak of drug addiction I do not refer to keif, marijuana or any preparation of hashish, mescaline, Bannisteria Caapi, LSD6, Sacred Mushrooms or any other drugs of the hallucinogen group… There is no evidence that the use of any hallucinogen results in physical dependence. The action of these drugs is physiologically opposite to the action of junk. A lamentable confusion between the two classes of drugs has arisen owing to the zeal of the U.S. and other narcotic departments[v]

La drogue endosse ici un rôle nouveau puisqu’elle permet à l’individu de mieux comprendre ses mécanismes intimes et de s’émanciper; c’est donc volontairement que l’écrivain fait de lui-même un sujet d’expérimentation, testant sur lui-même des drogues ou substances opiacées afin d’en analyser les effets sur son corps comme sur son comportement et sa manière d’appréhender le monde qui l’entoure.

Une étude de l’utilisation des substances hallucinogènes par l’écrivain américain William Burroughs exige de notre part un retour rapide sur la découverte de ces substances et sur les premières études qui leur ont été consacrées. Notre objectif est de mettre en avant des faits scientifiques et historiques qui, seuls, peuvent permettre de comprendre les théories de William Burroughs en la matière. Cette étude sera l’occasion de montrer que les recherches scientifiques de l’époque se font au moment-même où William Burroughs décide de partir en Amérique du sud expérimenter avec les substances hallucinogènes.

Penchons-nous au préalable sur les expérimentations de Timothy Leary, professeur de psychologie à l’Université de Berkeley de 1955 à 1958, puis à l’Université de Harvard au début des années 1960, et que l’étude des substances hallucinogènes a rendu célèbre; et remontons, dans un premier temps, à ce qui allait se révéler une expérience importante à la fois pour Leary et pour Burroughs.

Lors de son voyage en Amérique centrale durant l’été 1960, Leary découvre d’étranges champignons entre les mains d’un sorcier des environs de Cuernavaca, dans le centre du Mexique. Les mexicains les appellent «teonancatl» en langue Nahuatl, c’est à dire «chair des dieux»[vi]. Les botanistes, «psilocybe mexicana». Albert Hofmann, qui travaille pour les laboratoires pharmaceutiques Sandoz de 1929 à 1971, et qui reste aujourd’hui célèbre comme le découvreur du LSD, parlait également de champignons «magiques», ou «sacrés». Autant de substances que Burroughs connaît bien et qu’il mentionne dans «Deposition: Testimony Concerning a Sickness», court texte qui lui sert d’introduction à Naked Lunch.

Les champignons dits «hallucinogènes» comme le «psilocybe mexicana» étaient déjà employés lors de rites religieux aztèques il y a plus de deux mille ans. Hofmann estime, quant à lui, qu’il est fort possible qu’ils aient été employés depuis plus longtemps encore, à l’époque pré-Colombienne[vii].

Des comptes rendus existent sur l’usage du «psilocybe mexicana». On en trouve dès le XVIe siècle et la conquête du Mexique par Hernan Cortez. Parmi eux, le moine Dominicain Diego Duran raconte la distribution de champignons aux indigènes pour fêter l’accession au trône de l’Empereur aztèque Moctezuma II en 1502. Il décrit également le spectacle qui s’ensuit, «honteux» selon ses propres mots. Ceux qui consomment le champignon semblent effectivement perdre temporairement la tête, et s’amusent sans la moindre retenue au son des instruments à percussions. Les indigènes apprécient tout spécialement cette perte de contrôle passagère que Duran juge avec sévérité. Leur état est comparable à un état d’ébriété, mais ne doit toutefois pas dissimuler le fait que le moine assiste ici à un rite religieux[viii].

Les documents comme ceux de Duran ont avant tout une valeur historique. Ils permettent de trouver des indices de l’usage du «psilocybe mexicana», mais demeurent parcellaires. N’oublions pas que, jusqu’à la fin du XVe siècle, les herbiers sont recopiés à partir d’originaux grecs et latins, et ce, sans modification. Leurs illustrations sont habituellement de mauvaise qualité, et peu de savants osent signaler qu’il existe des plantes qui ne sont pas répertoriées par Dioscoride, médecin des armées de Néron. L’idée la plus répandue étant que la flore, créée par Dieu, est présente de la même manière dans toutes les régions du monde. Les savants identifient les plantes à l’aide de simples listes alphabétiques qui recensent un grand nombre d’espèces connues, mais sont, de toute évidence, incomplètes; de plus, ils ne classent pas les plantes par familles[ix]. La botanique n’existe pas encore en tant que science et le cerveau est largement inconnu. Le «psilocybe mexicana» est par conséquent un prodigieux mystère.

Le texte Historia General de las Cosas de Nueva Espana, écrit entre 1529 et 1590 par le moine Franciscain Bernardino de Sahagun, décrit plus rigoureusement les effets du «psilocibe». Il décrit comment, pour fêter des affaires fructueuses, les marchands indigènes le consomment accompagné de miel et de boisson chocolatée. Il évoque leurs visions, agréables ou bien cauchemardesques. Certains se voient devenir riches ou finir leur vie paisiblement, d’autres, moins chanceux, périr noyés, ou dévorés par des bêtes sauvages[x]. Le récit de Bernardino de Sahagun est d’autant plus précieux qu’il s’éloigne d’une critique des mœurs indiennes pour se pencher sur les hallucinations provoquées par le champignon.

Son existence sera ensuite oubliée pendant des siècles, sans doute, écrit Hofmann, parce qu’on pense que le champignon est tiré de superstitions sans fondement scientifique («probably because they were considered products of the imagination of a superstitious age»[xi]). En effet, en dépit de l’importante littérature le concernant, sa réalité est, au XXe siècle, soumise à controverse.

En 1915, le botaniste W. E. Safford affirme devant la Société Botanique à Washington que les «champignons sacrés» n’existent pas. Les espagnols auraient confondus le cactus mescaline avec un champignon. Il faut attendre 1933 pour que l’anthropologue Robert J. Weitlaner et le Dr. Richard Evans Schultes, botaniste à Harvard, trouvent des spécimens au Mexique, et 1938 pour qu’un groupe d’anthropologues américains, sous la direction du professeur Bassett Johnson, assiste à l’une des cérémonies magiques dans le village mazatèque Huautla de Jiménez où un indigène fait appel au «sage» appelé «sabio» (au féminin «sabia») ou «curandero» (au féminin «curandera») au travers duquel, affirme la croyance populaire, vient s’exprimer la divinité.

En 1955, les indiens mazatèques de Huautla de Jiménez acceptent la participation de Valentina Pavlovna Wasson, son époux Richard Gordon Wasson, deux chercheurs amateurs, et du photographe Allan Richardson qui les accompagne, à l’une de leurs cérémonies. Les mazatèques, par ailleurs discrets sur leurs pratiques magiques, leur donnent le champignon magique à manger. Le professeur Bassett Johnson n’avait été que spectateur de la cérémonie, les Wasson sont, eux, acteurs à part entière, et sont les premiers blancs à faire cette expérience. Hofmann décrit les couleurs, les formes géométriques, mais plus encore la sensation qui saisit le chercheur qui sent son esprit détaché de son corps:

Wasson describes how the mushroom seized possession of him completely, although he had tried to struggle against its effects, in order to be able to remain an objective observer. First he saw geometric, colored patterns, which then took on architectural characteristics. Next followed visions of splendid colonnades, palaces of supernatural harmony and magnificence embellished with precious gems, triumphal cars drawn by fabulous creatures as they are known only from mythology, and landscapes of fabulous luster. Detached from the body, the spirit soared timelessly in a realm of fantasy among images of a higher reality and deeper meaning than those of the ordinary, everyday world. The essence of life, the ineffable, seemed to be on the verge of being unlocked, but the ultimate door failed to open.[xii]

Wasson décide de pousser ses recherches plus avant, et, accompagné cette fois-ci du mycologue Roger Heim, directeur du laboratoire de cryptogamie du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, retourne en pays mazatèque.

Les efforts conjugués des deux hommes sont fructueux puisque, après plusieurs expéditions, le champignon est finalement identifié.

C’est une autre substance hallucinogène qui intéresse William Burroughs: le «yagé»[xiii], aussi appelé «bannisteria caapi», «ayahuasca» ou «telepathine», un hallucinogène dont les effets sont comparables à ceux du «champignon sacré», ce qu’il ne peut pas savoir à l’époque, faute de documentation plus précise.

Le «yagé» est un breuvage obtenu à partir de l’infusion de plusieurs plantes comme la liane banisteriopsis caapi ou la plante psychotria viridis. Il combine l’effet d’un alcaloïde de type harmaline et de la N, N-DMT (ou N-diméthyléthanamine).

L’intérêt pour ce breuvage apparaît très tôt chez William Burroughs, avant même les recherches de Leary, puisque la première référence à cette substance apparaît dans sa correspondance début mars 1952[xiv].

William Burroughs part à la recherche du «yagé» en janvier 1953; il se rend pour ce faire en Amérique du sud qu’il connaît puisqu’il a déjà effectué un voyage à Panama et en Equateur en compagnie de son ami Lewis Marker en juillet et août 1951[xv]. Burroughs rend compte de ce second voyage, qui passera cette fois-ci par la Colombie et la Bolivie, dans la correspondance qu’il entretient avec Allen Ginsberg entre janvier et juillet 1953, et qui servira de première partie à The Yage Letters sous le titre «In Search of Yage».

Oliver Harris souligne à quel point ce nouveau voyage a été caricaturé, et invalide le portrait de l’écrivain, «amateur idiot, trébuchant à travers la jungle» («a clueless amateur, stumbling through the jungle»[xvi]), que brosse James Campbell dans son essai This is the Beat Generation publié en 2000. Non seulement O. Harris note que l’écrivain connaissait l’essai Notes of a Botanist on the Amazon and Andes (1908) de Richard Spruce, qui a découvert le «yagé» en 1851[xvii], mais il insiste sur la valeur scientifique de ses observations, Burroughs étant le premier à identifier le genre de la plante psychotria viridis qui entre dans la composition du «yagé»[xviii].

De nombreux critiques, y compris Harris, ont mis en lumière le manque de sérieux scientifique de Burroughs. Ici, au contraire, celui-ci se montre appliqué, consciencieux, et expérimente sur lui-même, ce qui montre sans conteste l’intérêt qu’il porte à son sujet.

Burroughs concluait son roman Junkie en écrivant que le «Yagé était peut-être la drogue ultime» («Yage may be the final fix»[xix]). En vérité il recherche bien plus: «une drogue puissante qui allie des effets hallucinatoires au développement de certaines facultés psychiques comme la télépathie»[xx]. Autrement dit, une substance qui permettrait de briser les «frontières corporelles», de ne plus se laisser encombrer par le corps et l’esprit qui sont le sujet de toutes les manipulations, de toutes les pressions de la part des forces de contrôle.

William Burroughs rencontre le Dr. Richard Evans Schultes en 1953 en Colombie. Schultes participe à une expédition anglo-colombienne à laquelle Burroughs va se joindre en mars de la même année. Notons que Schultes a lui-même consommé du «yagé» en 1942[xxi]. Paul Holiday, l’un des membres de l’expédition, décrit dans son journal les effets du «yagé» sur William Burroughs:

19/3/53, Burroughs has just about recovered from his yahé drinking. The old Ingano Indian gave him a wineglass full of the stuff (a mixture of two alkaloids from a wild plant), and within 15 min. it sent him almost completely off his rocker: violent vomiting every few minutes, feet almost numb & hands almost useless, unable to walk straight, liable to do anything one would not dream of doing in a normal state […] He got back to the hotel [Hotel America, Mocoa] about seven this morning after a pretty awful night[xxii]

Ces observations cliniques tranchent avec ce que Burroughs a pu ressentir au moment de la prise du «yagé». Holiday se préoccupe de l’état physique de Burroughs; les observations de l’écrivain se cantonnent à son propre état psychique et à son expérience sensorielle. Après l’ingestion de «yagé», Burroughs décrit, dans l’ordre, les hallucinations visuelles ou «éclairs bleus» («Blue flashes passed in front of my eyes»[xxiii]; «blue haze»[xxiv]), l’impression de nausée («I was hit by violent, sudden nausea»[xxv]), l’absence de coordination musculaire («No coordination. My feet were like blocks of wood»[xxvi]; «numb wooden fingers»[xxvii]) puis des spasmes («My arms and legs began to twitch uncontrollably»[xxviii]; «twitching spasms»[xxix]). Autant d’effets pour le moins désagréables qui nous font nous interroger sur la raison qui pousse l’écrivain à se livrer à ces expériences.

Le lecteur peut trouver la réponse à cette question dans la correspondance qu’entretiennent Burroughs et Ginsberg. Burroughs s’enthousiasme pour le sentiment de «dérangement des sens» qu’il a ressenti avec l’ingestion de la substance hallucinogène[xxx]. Le dérangement est bel et bien réel, bien que Burroughs n’ait pas les connaissances scientifiques requises, ni le matériel, pour le comprendre. Il est provoqué par un alcaloïde hallucinogène du nom de diméthyltryptamine, dont le principe actif, détruit en temps normal par la monoamine oxydase naturellement contenue dans l’estomac, est ici préservé par les alcaloïdes végétaux harmine et harmaline contenues dans la liane banisteriopsis caapi.

L’état dans lequel se trouve Burroughs est certes quelque peu inconfortable, mais il s’agit également d’un état inédit pour son cerveau qui peine à absorber la surabondance d’informations qui lui sont envoyées; cet état s’oppose à l’affaiblissement des sens que connaît le «junky» à chaque nouvelle prise de drogue.

En parvenant à un état diamétralement opposé à celui que provoquent les substances opiacées, l’écrivain a en tête d’ouvrir un champ de possibilités elles-mêmes diamétralement opposées à l’état d’asservissement et de sujétion provoqué par des drogues comme l’héroïne par exemple. Les opiacées provoquent l’accoutumance; les hallucinogènes doivent, du moins en toute logique, aider à l’affranchissement de l’individu. Les opiacées aliènent les individus en les transformant en automates sans volonté et incapables de penser; les hallucinogènes doivent, toujours logiquement, aider à une meilleure compréhension de l’esprit et de ses mécanismes.

Le «yagé» est donc, potentiellement, une arme de tout premier plan dans le combat de l’écrivain contre les manipulations exercées par les contrôleurs (les «forces de contrôle»). A l’état d’asthénie, Burroughs répond par le bouleversement, le dérèglement de la machine qui doit permettre d’atteindre un état mental libéré des manœuvres des contrôleurs, et enfin un «nouvel état existentiel» («a new state of being»[xxxi]).

De retour aux Etats-Unis, William Burroughs n’en a pas fini avec son exploration du cerveau et de ses mécanismes. La publication du texte de Gordon Wasson «Seeking the Magic Mushroom» dans Life en mai 1957 a changé la donne. Des chercheurs chevronnés ou amateurs savent désormais que leurs travaux ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un mouvement plus vaste qui se concentre sur toutes sortes de substances hallucinogènes. Leary, par exemple, se consacre à l’étude des principes actifs tirés des champignons: l’ester d’acide phosphorique bientôt baptisé «psilocybine».

Par la suite, le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et les laboratoires de recherche américains Merck et Smith, Kline and French se penchent sur la synthèse de la substance hallucinogène tirée des «champignons sacrés». Les français travaillent à partir des plants que Roger Heim est parvenu, sans difficulté, à faire pousser. Les américains ont, quant à eux, obtenus des échantillons des mains de Richard Gordon Wasson et se sont rendus chez les indiens mazatèques. Leurs recherches se sont toutefois révélées vaines.

Heim fait appel aux laboratoires Sandoz. Il espère que leur expérience avec le LSD pourrait ici être déterminante. C’est finalement le professeur Hofmann qui va, pour la première fois, réussir la synthèse de deux substances sous forme de cristaux: la psilocybine et la psylocine. Ses résultats sont publiés en mars 1958[xxxii].

Les recherches de Hofmann avaient pour objectif d’isoler les principes actifs de plantes médicinales comme la digitale ou la scille maritime. Ces principes actifs sont en effet notoirement instables. Leur synthèse permet d’obtenir des «spécimens purs»[xxxiii], donc de faciliter leur dosage jusqu’ici quelque peu incertain. On comprend d’autant mieux l’intérêt d’une telle synthèse que les principes actifs tirés de plantes comme la digitale ou la scille maritime sont aujourd’hui employés contre l’insuffisance cardiaque et doivent être maniés avec la plus grande précaution.

Hofmann fait plusieurs remarques importantes. Tout d’abord, la psilocybine et la psylocine sont tout à fait proches de substances comme le LSD. Ensuite, Hofmann note la ressemblance entre les substances qu’il vient de synthétiser et la sérotonine («a chemical structure very similar to the brain factor serotonin»[xxxiv]).

Ce rapport est prometteur. La sérotonine, rappelle Hofmann, joue un rôle important dans la chimie du cerveau. Il est dès lors permis de penser que de nouvelles recherches sur son fonctionnement sont possibles… C’est du moins ce que comprend immédiatement Leary qui fonde à Harvard un groupe de recherche qu’il surnomme «the Harvard Psychedelic Research Project», dont le but est d’étudier l’effet de la psilocybine, ou de drogues au fonctionnement similaires, sur les changements comportementaux («for the study of these drugs and to test their potential as aids to facilitate behaviour change.»[xxxv]).

Leary souhaite guérir des comportements pathologiques. Ses sujets d’étude sont des alcooliques, des récidivistes et des délinquants juvéniles, des criminels incarcérés dont l’agressivité, pense-t-il, s’évanouira une fois qu’un traitement approprié leur aura permis de comprendre leur véritable personnalité.

De la même manière que Burroughs refusait de laisser l’expérimentation aux mains des psychiatres, de peur qu’elle ne soit elle-même récupérée par les tenants de l’ordre moral, Leary souhaite démocratiser ses produits et les rendre disponibles dans tout le pays, non pas à une quelconque élite autoproclamée, mais à tout un chacun. C’est une «révolution psychédélique» («psychedelic revolution»[xxxvi]) qu’il a en tête, et décide, pour en faire la promotion, d’approcher quelques-unes des célébrités de l’époque: Dizzie Gillespie, le peintre Willem de Kooning, mais aussi les écrivains de la «Beat Generation» qui font alors la une des journaux.

Allen Ginsberg va convaincre Leary d’envoyer un courrier à Burroughs en janvier 1961 et de lui proposer d’essayer la mescaline et la psilocybine afin d’en décrire les effets sur son organisme.

Ces essais sont tous légaux et se déroulent dans le cadre de la recherche universitaire. Fort de l’autorité intellectuelle de Harvard, dont l’administration, de façon surprenante, ne prend pas la peine de superviser les recherches, Leary n’a eu, pour obtenir la psilocybine, qu’à écrire une lettre au laboratoire Sandoz en priant qu’on lui fasse parvenir une provision de pilules roses.

Burroughs est enthousiaste. Les expériences de Leary lui semblent cruciales («vitally important»[xxxvii]), d’autant plus qu’il avait de lui-même, des années plus tôt, décrit précisément les effets de la mescaline dans une perspective tout à fait comparable… Non seulement il comprend les motivations de Leary, mais espère participer à un réveil des consciences. En promouvant l’utilisation de substances hallucinogènes à grande échelle c’est la société toute entière qui pourrait être ébranlée, pense-t-il. Les retombées seraient incalculables, en particulier dans le domaine médical.

Burroughs en est persuadé, les hallucinogènes sont un formidable outil pour comprendre le fonctionnement de l’esprit humain, en explorer les ressources insoupçonnées, et, qui sait, donner accès à ce que l’écrivain n’avait jusqu’ici que soupçonné: un territoire psychique affranchi de toute influence des forces de contrôle. Il ne s’agit plus de culpabiliser les malades ou de porter un jugement moral sur eux, il ne s’agit plus de les montrer du doigt, mais, pour la première fois peut-être, de chercher à leur faire comprendre les rouages précis de la maladie et de se débarrasser une fois pour toutes de cette dernière.

Burroughs répond le 20 janvier au courrier de l’universitaire:

I think the wider use of these drugs would lead to better conditions at all level. Perhaps whole areas of neurosis could be mapped and eradicated in mass therapy[xxxviii].

L’expérience tourne mal en mars 1961, et la psilocibine que Leary lui demande d’essayer est loin de ce que l’écrivain imaginait. Burroughs se sent malade, nauséeux, et il est victime d’hallucinations particulièrement désagréables[xxxix].

Burroughs se détourne de Leary et de ses expériences qu’il estime trop timides et confuses. Lui qui pensait participer à un véritable protocole expérimental a des mots très durs lorsqu’il constate que ses idées ne sont pas prises en compte, et que Leary refuse le plus souvent de partir dans de nouvelles directions. L’écrivain lui reproche en réalité de ne pas totalement partager ses vues et de suivre son propre agenda.

Burroughs écrit à Allen Ginsberg:

[The project was] completely ill-intentioned (…). They had utterly no interest in any scientific work, (…) no equipment other than a faulty tape recorder. I was supposed to sell the Beatniks on mushrooms. When I flatly refused to push the mushrooms but volunteered instead to work on flicker (biofeedback) and other nonchemical methods, the money and return ticket they had promised were immediately withdrawn[xl].

L’échec de cette première expérience ne signifie pas pour autant que Timothy Leary et William Burroughs cessent de se rencontrer. En novembre 1961 Leary trouve en effet bien mieux à proposer à l’écrivain que la psilocibine. Il s’agit du LSD-25. Leary ne fait pas découvrir cette substance à l’écrivain qui la connaît déjà puisqu’il la mentionne à plusieurs reprises dans Naked Lunch[xli] et qu’elle apparaît dès juin 1956 dans sa correspondance avec Allen Ginsberg[xlii].

Le LSD, dont la découverte est, à l’époque, déjà ancienne, est étroitement lié au personnage qu’est devenu le professeur de Harvard, pour preuve, aujourd’hui encore, les buvards d’un demi-centimètre de côté imbibés de LSD s’appellent aussi bien «Hoffman» que «Timothy Leary tickets». Il nous incombe ici de dépasser cette image, et de revenir sur l’histoire de cette découverte scientifique, qui, seule, peut permettre de comprendre comment, et pourquoi, le rapport de Burroughs aux drogues va irrémédiablement changer dans les années 1960.

Le LSD-25 ou LSD, abréviation de l’allemand «Lyserg Säure Diäthylamid», ou «diéthylamide de l’acide lysergique», n’est pas une nouveauté. Cette substance a été découverte en 1938 par Albert Hofmann, alors directeur de recherche pour les laboratoires Sandoz; il s’agit de la substance active de l’acide lysergique, alcaloïde de l’ergot de seigle, une substance comparable au mescal mais mille fois plus puissante[xliii].

L’ergot est produit par un parasite, le champignon connu sous le nom de «Claviceps purpurea» dont les livres d’histoire traitent de manières étonnamment contradictoires. En Chine et dans certains pays arabes, écrit John Marks, l’ergot est apprécié pour ses vertus médicinales[xliv]. C’est l’inverse en Europe où Hofmann rapporte les cas d’empoisonnement de masse, en Europe au Moyen-Age, ou en Russie en 1926-27. L’ergot provoque deux maladies: l’une, gangréneuse, est baptisée ergotismus gangraenosus, l’autre, convulsive, ergotismus convulsivus. Les individus empoisonnés par l’ergot de seigle souffrent d’hallucinations. Ils perdent également la sensibilité des extrémités des membres. Le produit agit, à l’instar de la vasopressine ou de l’adrénaline, comme vasoconstricteur, c’est à dire qu’il entraîne une diminution du calibre des vaisseaux et permet de mieux contrôler le flux sanguin[xlv].

Il est difficile de dire avec certitude quel était le véritable objectif des premières expériences de Hofmann. Cherchait-il un moyen de stimuler la circulation sanguine afin de développer un médicament antimigraineux, ou, comme la rumeur l’affirme, un abortif?[xlvi] Hofmann écrit quant à lui qu’il souhaitait poursuivre les recherches du professeur Arthur Stoll. Stoll avait déjà travaillé sur l’ergot de seigle, et, en 1918, avait permis d’isoler l’ergotamine, le premier alcaloïde d’ergot obtenu sous forme chimique pure, qui sera plus tard rebaptisé «Gynergen».

Le «Gynergen» est l’un des produits vedettes des laboratoires Sandoz. C’est un hémostatique utilisé pour traiter les migraines, utilisé aussi en obstétrique.

Hofmann sait, dans les années 1930, que les anglais et les américains poursuivent leurs expérimentations sur les alcaloïdes d’ergot, et font de nouvelles découvertes. Il s’agit donc, toujours selon lui, d’entrer de nouveau dans la compétition de peur que Sandoz n’abandonne sa position dominante dans un marché en pleine expansion[xlvii].

Ses recherches sont, dans un premier temps, insatisfaisantes. Hofmann parvient, pourtant, à synthétiser le LSD, et les essais que le professeur Ernst Rothlin conduit ensuite sur des animaux amènent deux conclusions. Le produit est, d’une part, un utérotonique, c’est à dire qu’il stimule la rétraction utérine au même titre que les prostaglandines, d’autre part il a des effets stimulants sur le système nerveux central de certains cobayes[xlviii]. Mais ce n’est pas suffisamment concluant pour le savant qui décide d’abandonner ses travaux. Il n’y revient que le 16 avril 1943, quand il absorbe, par accident, une dose du produit en contact avec le bout de ses doigts.

Soudain malade et pris de vertige, «assailli par une série d’hallucinations extraordinaires»[xlix], et en proie, finalement, à «une curieuse sensation d’irréalité»[l], Hofmann rentre chez lui à vélo depuis Bale tout en essayant de conserver un équilibre précaire. Il s’agit historiquement, confirme Ted Morgan, du premier «trip» à l’acide[li].

Hofmann est intrigué par les effets du LSD et décide de pousser plus loin ses recherches en s’auto-administrant une nouvelle dose. Cette fois-ci de 250 microgrammes[lii]. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il s’agit d’une quantité phénoménale. Il décrit les symptômes lors de ses expériences hallucinatoires. Parmi eux une sensation de dépersonnalisation – comparable à l’impression que l’esprit se détache du corps décrite par Richard Gordon Wasson – et de perte de la notion du temps, qui n’est pas sans rappeler les symptômes de certaines formes de schizophrénie.

P. G. Stafford and B. H. Golightly rapportent l’une des hypothèses retenues alors: celle d’un produit capable d’«imiter la folie» («the hypothesis that LSD mimicked madness»[liii]). On parle dès lors de substance «psychomimétique» ou «psychodysleptiques», et, lorsque le Dr Otto Kauders mentionne le diéthylamide de l’acide lysergique lors d’une conférence au Boston Psychopathic Hospital en 1949, et qu’il y décrit comment Hofmann est devenu «temporairement fou», et «schizophrène» lors de ses expériences[liv], le corps médical pense avoir finalement trouvé une substance qui, si elle est capable de provoquer la schizophrénie, est également capable de la guérir.

Plusieurs hypothèses sont évoquées qui, toutes, font le lien entre schizophrénie et LSD. Puisqu’il est possible de reproduire, plus ou moins fidèlement, cette psychose, peut-être celle-ci n’est-elle pas due à un désordre mental, mais à un simple dérèglement chimique, à une «autointoxication» de l’organisme[lv]. Ou bien, comme l’affirment Woolley et Shaw, le LSD interfère-t-il avec la sérotonine, un phénomène déjà observé chez les schizophrènes[lvi].

Ces suppositions donnent un indice précieux de l’intérêt que la communauté scientifique voue à cette nouvelle substance liée, dès l’origine, à la pathologie de la démence et de la psychose. Pour le docteur Stanislav Grof, l’erreur est rectifiée dès 1957, quand, suite à sa correspondance avec Aldous Huxley, le psychiatre Humphrey Osmond remplace le terme, impropre, de «psychomimétique» par celui de «psychédélique»[lvii].

Cette comparaison est capitale et révolutionnaire à bien des égards. Elle contredit l’idée, alors communément acceptée, que le fonctionnement du cerveau s’explique uniquement par un phénomène d’origine électrique; erreur qui remonte à 1875, lorsque le professeur Richard Caton se persuadait que le cerveau était une «machine électrique»[lviii].

Une conclusion s’impose aux scientifiques: autant qu’un «système électrique», le cerveau est un «système chimique complexe»[lix]. Comme le confirme le mathématicien Alain Connes, la chimie joue un rôle essentiel dans la signalisation neuronale. En effet, on sait aujourd’hui qu’une substance chimique, ou neurotransmetteur, prend le relais de l’impulsion électrique pour assurer la communication entre neurones[lx].

Non seulement les hallucinogènes, «psychomimétiques» ou «psychédéliques» influencent l’adoption de nouvelles pistes de recherches jusqu’ici négligées, mais ils portent l’espoir de guérir la schizophrénie, et, pourquoi pas, d’autres formes de folies qui résistaient encore à la médecine moderne.

Le psychiatre Werner A. Stoll, fils d’Arthur Stoll, conduit les premiers essais du LSD sur l’être humain dès la fin des années 1940 à la clinique psychiatrique de l’Université de Zurich. Son article «Lysergsäure-diathylämid, ein Phantastikum aus der Mutterkorngruppe», aujourd’hui encore considéré comme une référence, paraît en 1947. Stoll y décrit un premier protocole de recherche, où lui et son équipe expérimentent des doses de tartrate de LSD sur un certain nombre de sujets sains, et d’autres schizophrènes.

A la suite de ces observations, Stoll envisage la possibilité d’employer le LSD sur certains types précis de pathologies. Les laboratoires Sandoz rendent donc disponible l’hallucinogène pour la recherche, et lui donnent le nom de «Delysid».

L’un des effets les plus spectaculaires du «Delysid» est de redéfinir, pour un temps, les barrières sensorielles. La notion d’ego elle-même n’est plus clairement circonscrite. Difficile, alors, de savoir précisément, où finit sa propre personnalité et où commence celle des autres («[the] loosening or even suspension of the I-you barrier»[lxi]). Stanislav Grof parle à ce sujet d’«expériences transpersonnelles»[lxii]. Le patient s’imagine lié aux autres individus et comme connecté, il sent que sa conscience «a transcendé les limitations de l’espace et du temps»[lxiii], comme dans certains cas cliniques de schizophrénie. Un phénomène qui pourrait faciliter la psychothérapie en consolidant de façon artificielle le rapport entre le médecin et son patient, et en provoquant un état comparable à celui de suggestibilité induit par la transe hypnotique.

En faisant l’expérience du LSD, ajoute le Dr Stanislav Grof, les médecins  ont la possibilité d’entrer, un instant, dans le monde jusqu’ici inconnu de leurs patients. Ils peuvent dès lors, et pour reprendre ses propres termes, «les comprendre mieux», «communiquer avec eux de façon plus efficace» et enfin «améliorer leur capacité à les aider»[lxiv]. Pour le Dr Bob Hyde du Boston Psychopathic, le produit permet d’acquérir une «connaissance utile aux professionnels de santé»[lxv].

La réapparition de souvenirs plus ou moins anciens pourrait, ajoute Stoll, permettre au patient de revivre des souvenirs jusqu’ici réprimés. Le psychiatre Jean Delay apporte une précision importante. Il ne s’agit pas d’une simple «réminiscence», mais de «réviviscence». Le patient à qui l’on administre une dose de LSD ne se contente pas de se souvenir d’expériences enfouies au plus profond de son subconscient, mais les revit avec une extraordinaire intensité.

On comprend l’aide thérapeutique que peut laisser augurer le LSD. Pour Stoll, le «Delysid» est en mesure de rendre la thérapie plus efficace, mais également de l’abréger («it plays the role of a drug aid in the context of psychoanalytic and psychotherapeutic treatment and serves to channel the treatment more effectively and to shorten its duration»[lxvi]).

L’idée, note Hofmann, est de prendre à contre-pied l’usage, courant, d’administrer aux patients souffrants de troubles mentaux plus ou moins graves des substances comme les tranquillisants qui, s’ils les soulagent, ne facilitent en aucune manière la thérapie et se bornent à donner l’impression d’un mieux-être. Le patient calme et comme rasséréné est non pas en paix avec la maladie, mais provisoirement abêti par la sédation («tranquilizers tend to cover up the patient’s problems and conflicts»[lxvii]). A travers les diverses hallucinations qu’ils provoquent et les souvenirs qu’il aide à revivre, le LSD oblige, au contraire, le patient à se confronter à ses névroses, non plus à les escamoter.

Le corps médical n’est pas unanime devant les bienfaits supposés du LSD. Certains psychiatres estiment d’une part qu’une psychothérapie plus courte se fait au détriment du patient qui a besoin d’établir une relation durable avec le thérapeute. D’autres médecins savent d’expérience que la «réviviscence» d’événements traumatisants, pour reprendre le mot de Delay, peut provoquer de nouveaux traumatismes. Le traitement est, de plus, fortement déconseillé aux sujets fragiles, ou aux tendances suicidaires, et n’est envisagé que sous contrôle médical strict, et en aucun cas pour un usage privé.

Il existe donc un point de convergence entre les recherches menées sur le LSD dans le domaine de la psychiatrie et le discours burroughsien: la volonté de mieux comprendre les mécanismes du cerveau humain en vue d’une libération de l’individu. Libération d’une pathologie mentale d’un côté. Libération politique, philosophique, «mystique» de l’autre. Leary, comme Burroughs, se rendent d’ailleurs compte de cette convergence et tentent, un moment, de travailler de concert. Ce rapprochement est un nouvel échec. Burroughs est sévère quant au LSD qu’il juge «néfaste», et critique le rôle que s’accorde Leary en se plaçant lui-même au cœur de la «révolution psychédélique»[lxviii].

Leary est renvoyé de Harvard en 1963 pour avoir distribué du LSD sans réel protocole de recherche. En 1966, il fonde la «League for Spiritual Discovery» ou «L. S. D.»[lxix], qui s’écarte définitivement de la science pour se tourner vers la religion. Ici, Leary s’éloigne du discours burroughsien qui récuse toute espèce d’autorité, particulièrement religieuse.

Au contraire de Ginsberg qui s’enthousiasme pour le LSD, au point de proposer en janvier 1967 que tout individu de plus de quatorze ans l’essaye à son tour[lxx], Burroughs se détourne des expériences de Leary. L’expérience qu’il a pu faire du LSD a été passablement mauvaise. Il n’insistera donc pas, aidé en cela par ses mauvaises relations avec Leary. Comme le note Oliver Harris, Burroughs ne remet pas en cause le potentiel des substances hallucinogènes dans le combat contre les forces de contrôle, mais un dévoiement de leur usage contre lequel il met en garde dans Nova Express[lxxi].

 

À SUIVRE.

 

Remerciements: Noëlle Batt, Nathalie Montoya.

 

Bibliographie sélective

Ouvrages littéraires

William BURROUGHS, Nova Express, New York, Grove Press, 1964. Nouvelle publication: New York, Grove Press, 1992.

Naked Lunch: The Restored Text, edited by James Grauerholz and Barry Miles, New York, Grove Press, 2004.

William BURROUGHS and Allen GINSBERG, The Yage Letters Redux, edited and with an introduction by Oliver HARRIS, San Francisco, City Lights Books, 2006.

The Letters of William S. Burroughs, 1945 to 1959 (edited and with an introduction by Oliver HARRIS), London, Picador, 1994.

 

Etudes sur William S. Burroughs, biographies

Gérard-George LEMAIRE, Burroughs, Paris, éditions Artefact, 1986.

Barry MILES, The Beat Hotel, Ginsberg, Burroughs & Corso in Paris, 1957-1963, London, Atlantic Books, 2001.

Ted MORGAN, Literary Outlaw: The Life and Times of William S. Burroughs, London, Pimlico, 1993.

Eric MOTTRAM, William Burroughs, the Algebra of Need, London, Marion Boyars, 1977.

 

Ouvrages scientifiques

Jean-Pierre CHANGEUX et Alain CONNES, Matière à pensée, Paris, Odile Jacob, 2008.

Stanislav GROF, LSD Psychotherapy, Pomona, Calif., Hunter House, 1980. Nouvelle publication: Sarasota, Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies, 2001.

Albert HOFMANN, LSD, my Problem Child, New York, McGraw-Hill, 1980 (traduction de Jonathan Ott). Nouvelle publication: Sarasota, MAPS, 2005.

John MARKS, The Search for the "Manchurian Candidate": the CIA and Mind Control, New York, London, W. W. Norton & Company, 1991.

Myron J. STOLAROFF, The Secret Chief Revealed, Sarasota, MAPS, Revised Edition, 2005.

Gordon Rattray TAYLOR, Histoire illustrée de la biologie, texte français de Colette Vendrely, maître de recherches au CNRS, Paris, Hachette, 1963.

 

Ouvrages consultables en ligne

Michael HOLLINGSHEAD, The Man Who Turned on the World,

Texte consultable dans son intégralité à l’adresse

http://www.psychedelic-library.org/hollings.htm

P.G. STAFFORD, B.H. GOLIGHTLY, «What the Drug Does», LSD, The Problem-Solving Psychedelic.

Texte consultable dans son intégralité à l’adresse

http://www.druglibrary.org/schaffer/lsd/stafford.htm

 

Dictionnaires

A. MANUILA, L. MANUILA, P. LEVWALLE, M. NICOLIN, T. PAPE, Dictionnaire médical Manuila 10e édition, Paris / Issy-les-Moulineaux, Masson, 2004.

 

Travaux universitaires

Noëlle BATT, L’Écriture de William Burroughs, thèse de Doctorat de Troisième Cycle sous la direction de M. Pierre Dommergues, université de Paris VIII-Vincennes, 1975.

Christophe BECKER, L’Influence de William S. Burroughs dans l’œuvre de William Gibson et Genesis P-Orridge, Thèse de Doctorat en Langues, Littératures et Civilisations des pays anglophones, sous la direction de Noëlle Batt, université Paris VIII, 2010.

Clémentine HOUGUE, «Le cut-up: "ut pictura poesis" au pied de la lettre», dans Trans n° 7, revue en ligne de Littérature générale et comparée de l’université Paris 3, juin 2006.

 


[i] Ken Russell, Altered States, 1980.

[ii] «Wasted energy is the essence of the state as asylum-concentration camp», Eric MOTTRAM, William Burroughs, the Algebra of Need, London, Marion Boyars, 1977. p. 51.

[iii] Gérard-George LEMAIRE, «Corps», Burroughs, Paris, éditions Artefact, 1986, pp. 56-57.

[iv] Ibid., p.  56.

[v] William BURROUGHS, «Deposition: Testimony Concerning a Sickness», Naked Lunch: The Restored Text, edited by James Grauerholz and Barry Miles, New York, Grove Press, 2004, p. 200.

[vi] L’anecdote est racontée dans Michael HOLLINGSHEAD, The Man Who Turned on the World,

Texte consultable dans son intégralité à l’adresse

http://www.psychedelic-library.org/hollings.htm

[vii] Des archéologues ont en effet retrouvés plusieurs sculptures en forme de champignons desquels émergeaient d’étranges visages de dieux ou de démons d’apparence animale, la plus ancienne datant de 500 avant Jésus Christ, cf. Albert HOFMANN, LSD, my Problem Child, New York, McGraw-Hill, 1980 (traduction de Jonathan Ott). Nouvelle publication: Sarasota, MAPS, 2005, pp. 119-120.

[viii] «And what happened was that there had come to [the village] an Indian... and his name was Juan Chichiton... and he had brought the red-colored mushrooms that are gathered in the uplands, and with them he had committed a great idolatry.... In the house where everyone had gathered on the occasion of a saint’s feast... the teponastli [an Aztec percussion instrument] was playing and singing was going on the whole night through. After most of the night had passed, Juan Chichiton, who was the priest for that solemn rite, to all of those present at the fiesta gave the mushrooms to eat, after the manner of Communion, and gave them pulque to drink... so that they all went out of their heads, a shame it was to see.», Ibid., p. 119.

[ix] Gordon Rattray TAYLOR, Histoire illustrée de la biologie, texte français de Colette Vendrely, maître de recherches au CNRS, Paris, Hachette, 1963, p. 33.

[x] «Coming at the very first, at the time of feasting, they ate mushrooms when, as they said, it was the hour of the blowing of the flutes. Not yet did they partake of food; they drank only chocolate during the night. And they ate mushrooms with honey. When already the mushrooms were taking effect, there was dancing, there was weeping.... Some saw in a vision that they would die in war. Some saw in a vision that they would be devoured by wild beasts.... Some saw in a vision that they would become rich, wealthy. Some saw in a vision that they would buy slaves, would become slave owners. Some saw in a vision that they would commit adultery [and so] would have their heads bashed in, would be stoned to death.... Some saw in a vision that they would perish in the water. Some saw in a vision that they would pass to tranquillity in death. Some saw in a vision that they would fall from the housetop, tumble to their death… All such things they saw… And when [the effects of] the mushroom ceased, they conversed with one another, spoke of what they had seen in the vision», cité dans Albert HOFMANN, LSD, my Problem Childop. cit., pp. 118-119.

[xi] Ibid., p. 120.

[xii] Ibid., p. 124.

[xiii] Tout au long de notre travail, nous reprenons les différentes façons d’écrire les noms «yage» ou «yagé». En effet, l’explication que donne Oliver Harris de l’intérêt de conserver ce double emploi nous convainc parfaitement tant il nous semble respecter la volonté première de William Burroughs: «The history of the "vine of the soul" can wait, but its very name poses an immediate conundrum. Burroughs wrote the word "Yage," as if it rhymed with "age"; but it is properly written "yagé" and pronounced (as Burroughs knew) "ya-hey." Why not simply correct the spelling? After all, the error gives the impression of a kind of willed ignorance, less a personal idiosyncrasy than a mistranslation that disrespects the language of the drug’s indigenous culture—in effect, an act of colonial appropriation. And yet to fix the problem now and change the book’s very title would be to resolve a lack of fixity, an ambiguous duplicity that has always been a part of the text and readers’ experience of it. Because of this ongoing confusion, rather than despite it, I [Oliver Harris] reserve "Yage" for The Yage Letters and use "yagé" in all other contexts. This fits my aim to respect the historical text (…)», Oliver HARRIS, introduction à William BURROUGHS and Allen GINSBERG, The Yage Letters Redux, edited and with an introduction by Oliver HARRIS, San Francisco, City Lights Books, 2006, pp. xii-xiii.

[xiv] Ibid., p. xiii.

[xv] Ibid., p. xii.

[xvi] Ibid., p. xiv.

[xvii] Ibid., p. xv.

[xviii] Ibid., p. 70.

[xix] Cité dans The Yage Letters, p. xii. A noter que cette phrase a été rajoutée par Burroughs pour servir de transition avec Queer.

[xx] Gérard-George LEMAIRE, Burroughsop. cit., p. 128.

[xxi] Oliver HARRIS, introduction à William BURROUGHS and Allen GINSBERG, The Yage Letters Reduxop. cit., p. xviii.

[xxii] Ibid., p. xix.

[xxiii] Ibid., p. 26, lettre datée du 15 avril.

[xxiv] Ibid., p. 27.

[xxv] Ibid.

[xxvi] Ibid.

[xxvii] Ibid.

[xxviii] Ibid.

[xxix] Ibid.

[xxx] «"derangement of the senses" (the phrase of Rimbaud’s that Burroughs used to describe both yagé intoxication and the cut-ups’ goal of deconstructing the illusion of reality)», Oliver HARRIS, introduction à William BURROUGHS and Allen GINSBERG, The Yage Letters Reduxop. cit., p. xx. La phrase est en réalité tirée du texte de Burroughs «The Cut-Up Method of Brion Gysin» où l’on peut lire: «All writing is in fact Cut-ups. A collage of words read hard overheard. What else? (…) Images shift sense under the scissors smell images to sound sight to sound sound to kinaesthetic. This is where Rimbaud was going with the color of vowels. And his "systematic derangement of the senses." The place of mescaline hallucination: seeing colors tasting sounds smelling forms», cité dans Barry MILES, The Beat Hotel, Ginsberg, Burroughs & Corso in Paris, 1957-1963, London, Atlantic Books, 2001, pp. 198-199.

[xxxi] Burroughs, cité dans Oliver HARRIS, introduction à William BURROUGHS and Allen GINSBERG, The Yage Letters Reduxop. cit., p. xxiii.

[xxxii] Cf Albert HOFMANN, LSD, my Problem Childop. cit., p. 128.

[xxxiii] Ibid., p. 36.

[xxxiv] Ibid., p. 129.

[xxxv]Michael HOLLINGSHEAD, «A Lovin' Spoonful», The Man Who Turned on the Worldop. cit.

[xxxvi] Ted MORGAN, Literary Outlaw: The Life and Times of William S. Burroughs, London, Pimlico, 1993, p. 379.

[xxxvii] Ibid., p. 368.

[xxxviii] Ibid.

[xxxix] Ibid., p. 369.

[xl] Ibid., p. 382.

[xli] «Repeatedly, for instance, [Burroughs] mentions LSD, which no one then had heard of, years before Timothy Leary gave a generation its nonmarching orders», ibid., p. 355.

[xlii] «So I [Burroughs] say give S’s H [heroin] for some months until addiction is established, then a withdrawal treatment with apomorphine. If that doesn’t work, try giving LSD…», The Letters of William S. Burroughs, 1945 to 1959 (edited and with an introduction by Oliver HARRIS), London, Picador, 1994, p. 322, lettre à Allen Ginsberg datée du 18 juin 1956.

[xliii] Gordon Rattray TAYLOR, Histoire de la Biologieop. cit., p. 307.

[xliv]John MARKS, The Search for the "Manchurian Candidate": the CIA and Mind Control, New York, London, W. W. Norton & Company, 1991, p. 4.

[xlv] A. MANUILA, L. MANUILA, P. LEVWALLE, M. NICOLIN, T. PAPE, Dictionnaire médical Manuila 10e édition, Paris / Issy-les-Moulineaux, Masson, 2004, p. 548. Voir également les entrées «Ergot de seigle», «Ergotisme», «Ergotisme» (p. 176).

[xlvi] Ted MORGAN, Literary Outlaw: The Life and Times of William S. Burroughsop. cit., p. 383. Sans doute faut-il attribuer cette rumeur au fait que la première mention d’un usage médicinal de l’ergot remonte au médecin francfortois Adam Lonitzer en 1582 qui l’emploie comme ecolbique, c’est-à-dire comme substance censée provoquer l’accouchement, mentionné dans Albert HOFMANN, LSD, my Problem Childop. cit., p. 40.

[xlvii] Ibid., pp. 40-41.

[xlviii] Stanislav GROF, LSD Psychotherapy, Pomona, Calif., Hunter House, 1980. Nouvelle publication: Sarasota, Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies, 2001, p. 22.

[xlix] Gordon Rattray TAYLOR, Histoire de la biologieop. cit., p. 307.

[l] Ibid.

[li] Ted MORGAN, Literary Outlaw: The Life and Times of William S. Burroughsop. cit., p. 383. Le terme de «trip», ou «voyage» a pour la première fois été employé par Hofmann en personne en 1977 lors d’un entretien, cf. John MARKS, The Search for the "Manchurian Candidate": the CIA and Mind Controlop. cit., p. 4 (note de bas de page).

[lii]P.G. STAFFORD, B.H. GOLIGHTLY, «What the Drug Does», LSD, The Problem-Solving Psychedelic.

Texte consultable dans son intégralité à l’adresse

http://www.druglibrary.org/schaffer/lsd/stafford.htm

[liii] Ibid.

[liv] «Milton Greenblatt, the hospital’s research director, vividly recalls Kauders’ description of how an infinitesimally small dose had rendered Dr. Hofmann temporarily "crazy."», John MARKS, The Search for the "Manchurian Candidate": the CIA and Mind Controlop. cit., 57.

[lv] «It was conceivable that the metabolism of the human body could, under certain circumstances, produce such small quantities of an abnormal substance identical with or similar to LSD. According to this tempting hypothesis, endogenous psychoses such as schizophrenia would not be primarily mental disorders, but manifestations of an autointoxication of the organism and the brain caused by a pathological shift in body chemistry», Stanislav GROF, LSD Psychotherapyop. cit., p. 24.

[lvi] Ibid., p. 25.

[lvii] Ibid., p. 24.

[lviii] Gordon Rattray TAYLOR, Histoire de la Biologieop. cit., p. 301.

[lix] Ibid., p. 307.

[lx] Jean-Pierre CHANGEUX et Alain CONNES, Matière à pensée, Paris, Odile Jacob, 2008, p. 132.

[lxi] Albert HOFMANN, LSD, my Problem Childop. cit., p .74.

[lxii] Stanislav GROF, LSD Psychotherapyop. cit., p. 85.

[lxiii] «The common denominator of this otherwise rich and ramified group of phenomena is the subject’s feeling that his or her consciousness has expanded beyond the usual ego boundaries and has transcended the limitations of time and space», ibid., p. 85.

[lxiv] «LSD was also highly recommended as a unique teaching device that would make it possible for clinical psychiatrists and psychologists to spend a few hours in the world of their patients and as a result of it to understand them better, be able to communicate with them more effectively, and improve their ability to help them», Stanislav GROF, prologue à Myron J. STOLAROFF, The Secret Chief Revealed, Sarasota, MAPS, Revised Edition, 2005, p. 12.

[lxv] «Like Hyde, almost all the researchers tried LSD on themselves. Indeed, many believed they gained real insight into what it felt like to be mentally ill, useful knowledge for health professionals who spent their lives treating people supposedly sick in the head», John MARKS, The Search for the "Manchurian Candidate": the CIA and Mind Controlop. cit., p. 64.

[lxvi] Albert HOFMANN, LSD, my Problem Childop. cit., p. 74.

[lxvii] Ibid., p. 75.

[lxviii] «"I [William Burroughs] see Leary has been thrown out of Harvard for distributing his noxious wares too freely, and some undergraduate decides he is God and takes off through traffic in Harvard Square"», correspondance avec Allen Ginsberg citée dans Ted MORGAN, Literary Outlaw: The Life and Times of William S. Burroughsop. cit., p. 384.

[lxix] Gérard-George LEMAIRE, «Timothy», Burroughsop. cit., p. 190.

[lxx] «Allen Ginsberg proposed in the East Village Other in January 1967 "that everybody who hears my voice try the chemical LSD at least once, very man, woman, and child in good health over the age of fourteen."», Ted MORGAN, Literary Outlaw: The Life and Times of William S. Burroughsop. cit., p. 385.

[lxxi]«"Burroughs didn’t get on with Leary (any more than Schultes did), dashing Ginsberg’s optimism that "Bill & Leary at Harvard are going to start a beautiful consciousness alterations of the whole world." In fact, with his typically prescient paranoia (motivated by bad trips on LSD and DMT), Burroughs cautioned against psychedelics: "They are poisoning and monopolizing the hallucinogen drugs," he warns in Nova Express (1964)», Oliver HARRIS, introduction à William BURROUGHS and Allen GINSBERG, The Yage Letters Reduxop. cit., p. xvii.