La fiction historique grand public, servante de l’histoire

La fiction historique grand public, servante de l’histoire

Directeur: Laurence Cros

La fiction historique grand public a connu le succès depuis le début du XIXe siècle (Walter Scott, Alexandre Dumas, James Fenimore Cooper et leurs imitateurs). Aujourd’hui l’engouement pour ce genre ne cesse de croître, à mesure que les productions prolifèrent. Ainsi la fiction historique grand public touche aujourd’hui des millions de personnes, pour qui il constitue la principale, voire l’unique, porte d’entrée vers la connaissance du passé.

La fiction historique grand public est généralement identifiée à un genre littéraire précis (comme la fiction policière, la science-fiction et la romance sentimentale, avec lesquels elle s’hybride souvent) et est commercialisée en tant que telle. Elle s’inscrit dans la culture de masse ou « populaire », dans le double sens du mot (qui plaît au plus grand nombre / qui est à l’usage du peuple) (Petit Robert: 148) et s’exprime à travers un large éventail de médias, roman, film, série télé, jeu-vidéo, bande dessinée, qui sont avant tout des produits commerciaux, visant un marché de masse et régis par des impératifs de divertissement, de large diffusion, et de rentabilité. Ce sont précisément ces caractéristiques qui sont à l’origine du dédain de la culture savante pour la fiction historique grand public.

Cependant, son intérêt pédagogique est depuis longtemps reconnu. Depuis le début du XXe siècle, la fiction historique populaire a été théorisée comme un genre éducatif qui dialogue avec l’histoire. Elle est donc légitimée par son utilité, puisqu’elle peut compléter l’enseignement de l’histoire. Dans cette perspective, la fiction historique est la « servante » de l’histoire (Buckley et Williams: v). Cette légitimité pédagogique est plus d’actualité que jamais, du fait de l’immense impact de la fiction historique dans notre société contemporaine. Ainsi de nombreux historiens universitaires s’y intéressent aujourd’hui, dans le cadre d’une réflexion globale sur les nouveaux modes d’écriture de l’histoire, à un moment où l’écriture savante en sciences humaines et sociales touche un public de plus en plus spécialisé et érudit.

Ce dossier entend donc arguer en faveur de la légitimité de la fiction historique à représenter le passé, diffuser les acquis de la recherche historique, et être un outil précieux pour apporter au plus grand nombre un savoir qui leur resterait autrement inaccessible. Les pistes d’analyse sont nombreuses, et en voici quelques exemples, non exhaustifs: comment définir la fiction historique grand public, et comment s’insère-elle dans la culture populaire? La fiction historique a-t-elle autant de légitimité à parler de l’histoire que les historiens savants? Quelle est la réaction des historiens professionnels, souvent partagés face à la fiction historique? Comment des types de fiction qui ne sont pas immédiatement définis comme historique proposent-ils néanmoins un retour sur l’histoire? De quelle façon les nouveaux formats renouvellent-ils le genre, en même temps qu’ils réactivent le potentiel populaire des œuvres précédentes? Peut-on dire que la fiction historique tout à la fois maintient et interroge les mythes et récits des origines qui sous-tendent le processus des constructions nationales? La fiction historique sert-elle une vision conservatrice, en présentant un passé idéalisé? Ou bien, au contraire, permet-elle la diffusion de nouveaux discours culturels, de genre, de classe et de race, rendant visibles des groupes longtemps laissés en dehors du discours historique officiel?

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Bibliographie

Le Petit Robert 1. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. 1992. Paris: Le Robert, 2172p.

BUCKLEY J. A. and W. T. Williams 1912. A Guide to British Historical Fiction. London: Harrap. Cité dans DE GROOT, Jerome. 2010. The Historical Novel. London: Routledge, 208p.

Soumis par Ladan Niayesh le 7/02/2022

King Lear est probablement une des pièces les plus difficiles à classer de Shakespeare du point de vue générique. Bien qu’elle figure sous le titre de The Tragedie of King Lear dans la première édition des œuvres complètes de l’auteur (l’in-folio de 1623), c’est une tragédie qui ne tombe pas juste, avec les catastrophes en série de la dernière scène qui n’aboutissent à aucune restauration de l’ordre finale.