De la femme-enfant à l'enfant-femme: les petites madones perverses d'Andreas Embiricos

De la femme-enfant à l'enfant-femme: les petites madones perverses d'Andreas Embiricos

Soumis par Sophia Leventidi le 22/10/2013
Catégories: Erotisme, Littérature

 

Le lien entre l’enfance et la féminité constitue pour les surréalistes français un sujet qui occupe une place capitale dans leur univers érotique. Héritier du romantisme allemand, des poètes comme Baudelaire, Ducasse ou Apollinaire, et effectivement des découvertes psychanalytiques au sujet de la sexualité infantile, le surréalisme français fait de l’image de la «femme-enfant» le symbole parfait de la fusion entre l’érotisme féminin et la jeunesse, la naïveté et la pureté éternelles. Il s’agit ici de montrer comment le lien entre féminité et enfance est perçu au sein de l’imaginaire de l’initiateur du surréalisme et de la psychanalyse en Grèce. Andréas Embiricos (1901-1975), un surréaliste à la marge, un poète qui luttera lors de toute sa vie pour la libération de l’érotisme des chaînes oppressives de la civilisation, pour la libération de tout refoulement, pour la libération totale et universelle de l’homme dans et par le pouvoir magique de l’Éros, éprouve au même titre que ses homologues en France une fascination incontestable à l’égard de l’enfance.

La conception de la femme-enfant, ou plus précisément de l’«enfant-femme» d’Embiricos, nous semble unique au sein du surréalisme et distincte dans la littérature qui se développe autour de la nature féminine. Nous pouvons dire que son image de l’enfance qui joint la féminité se confond souvent avec la perversion –notamment avec la pédophilie– et se trouve aux antipodes de celle qui fascine André Breton et les surréalistes français. Le concept surréaliste de la femme-enfant ne correspond pas à celui de l’enfant-femme qui apparaît et qui prédomine dans l’imaginaire embiricéen, depuis son premier recueil poétique, Haut Fourneau et jusqu’à son opus magnum, sa ville érotique flottante, publiée en huit volumes, Le Great Eastern.

Pour le poète grec, comme pour Nabokov qui est celui qui se rapproche le plus de la conception embiricéenne, ce ne sont pas les traits de l’enfant projetés sur la femme adulte, mais les traits de la femme adulte projetés sur les fillettes prépubères, sexuellement matures, qui régissent son univers érotique, poétique, littéraire et artistique. Située hors du temps, loin des aspirations métaphysiques que Breton lui attribue dans Arcane 17, la fillette prépubère qui peuple l’univers d’Embiricos est dotée d’une maturité sexuelle et d’un comportement sexuel identiques à ceux de la femme adulte. Selon Odysseus Elytis, l’Éros apparaît dans l’œuvre d’Embiricos «(…) non pas sous l’apparence d’un petit garçon que l’on connaît dans notre mythologie, mais sous celle d’une très belle fillette, "notre espoir de demain". Une petite déesse contemporaine dont la petite baguette est faite d’une tige de fleur ou d’un jaillissement d’eau; et tout ce qu’elle touche devient en même temps de nouveau vierge et excité érotiquement»1.

Et une blonde demoiselle qui se tient à mon côté
Dont les yeux sereins me laissent entrevoir
Tout son avenir de même que mon présent»2

 

Les fillettes nymphomanes, angéliques du Great Eastern

Si dans son œuvre antérieure au Great Eastern, cette fascination pour l’enfance demeure à un niveau allusif, à partir de la rédaction d’Octana, le chef de file des surréalistes grecs semble ignorer toute règle de censure pour attribuer à l’érotisme sa toute-puissance perdue. C’est dans son encyclopédie érotique qu’il souligne la sexualité prématurée, mais prépondérante des fillettes. À la fois enfant-femme, fillette innocente, éternellement jeune, passive, mais en même temps provocante, lascive et sexuellement mature, à la fois madone et perverse, elle représente la source inspiratrice qui nourrît tout fantasme érotique, l’espoir unique pour la libération du désir et montre la fidélité du surréaliste grec aux découvertes freudiennes sur la sexualité infantile. La pulsion pédophile connaît son idéalisation parfaite, son apothéose, dans les pages du Great Eastern qui sont inondées de fillettes, comme Flossie, Ethel, Irène, Alexandra ou Greta, mais aussi des souvenirs des années infantiles des jeunes femmes comme Jane, Maria et Annie, entre autres. Les relations pédophiles sont désormais décrites minutieusement et de manière répétitive et le terme «pédophile» ou «pédophilie» est ouvertement déclaré. La pédophilie est célébrée comme aucune autre manifestation érotique.

La figure de la jeune fille prépubère est, dans Le Great Eastern, au cœur de toute manifestation érotique. Le poète n’hésite pas à décrire les fillettes «érotomanes» comme des filles «angéliques», libertines, «lascives de naissance»3, qui deviennent l’incarnation parfaite des fantasmes et des désirs de ses héros-hérauts pédophiles.

Le plus souvent âgée de sept jusqu’à douze ans4 –l’insistance que montre Embiricos quant à la précision de l’âge est remarquable– et d’origines modestes –au contraire des héros pédophiles qui sont des hommes d’un certain âge et d’origines aristocratiques, les jeunes nymphes prépubères sont le plus souvent pauvres et ont un statut de domestique, de servante ou de fille adoptive, le plus souvent initiées à la sexualité par leur propre maître–, la fillette embiricéenne est d’une sexualité, certes prématurée, mais entièrement développée, d’une féminité incontestable. Ses formes, notamment sa poitrine, renvoient au corps de la femme adulte. «"Elle a onze ans… Mais elle est plus chaude que nombre des jeunes filles de vingt ou de vingt-cinq ans, qui baisent depuis longtemps"»5, remarque l’actrice Jane Boswell à propos de la jeune Ethel.

Les descriptions de l’apparence des «jeunes charmeuses»6 sont abondantes dans toute l’œuvre d’Embiricos. Celles-ci se présentent exceptionnellement idéalisées, au visage aux traits raffinés et d’une rare beauté. Leurs corps, leurs tenues et accessoires, le plus souvent très féminins et élégants, accentuent cette étape transitoire entre l’âge enfantin, la puberté et l’âge de la maturité féminine. Au travers de ses héros pédophiles, Embiricos met l’accent sur la sexualité débordante et effrénée des jeunes filles, sur leur corps féminin déjà formé, sur les expressions sensuelles de leurs visages. On pourrait dire qu’il souligne beaucoup plus l’apparence ravissante, angélique et même provocante des fillettes qui contribue à l’éveil prématuré de leur sexualité, par rapport à leurs capacités intellectuelles ou leurs qualités morales; leur niveau intellectuel ainsi que leurs qualités psychiques semblent avoir un rôle secondaire dans le jeu de la séduction.

Les fillettes prépubères sont très souvent présentées comme des petites déesses, comme des jeunes saintes –allusion double à la mythologie grecque et au sublime chrétien– qui détiennent le pouvoir salvateur pour l’homme. Les jeunes  les «jeune(s) nymphe(s) éthérée(s) et angélique(s), et extrêmement poétique(s)» 7, incarnent ainsi pour le pédophile la fusion parfaite de deux contraires: d’un aspect lascif et érotomane et d’une apparence par excellence divine. La fillette est de cette manière présentée à maintes reprises comme «la fillette totalement innocente, mais inconsciemment très lascive»8, comme la «voluptueuse enfant angélique» 9, l’«érotomane enfant angélique»10 au «visage angélique, tout doux»11.

Le poète grec exalte ainsi à la fois la sensualité incontestable des jeunes écolières et leur aspect divin, dans le but recréer une nouvelle religion –il forme sa propre théologie autour du dieu Pan, considéré comme le représentant par excellence de la toute-puissance de l’Éros– en tentant de libérer l’érotisme de toute contrainte morale ou religieuse. À titre d’exemple, la jeune Canadienne Flossie, est décrite comme cette «jeune prêtresse parfaite de la volupté»12, «cette ardente jeune prêtresse d’Aphrodite, fillette adorant plus que tout l’amour et au service de la volupté (…)».13 De même, il souligne les traits à la fois angéliques et sensuels d’Ethel, «la fillette gracieuse à l’apparence angélique» 14, «la petite nymphe angélique» 15, la «merveilleuse fillette aux cheveux châtains et au visage angélique» 16, ainsi que son expérience incroyable pour son âge dans le domaine sexuel: «(…) bien qu’elle apparaissait, et peut-être était-elle un ange cette fillette, elle acceptait et faisait tout beaucoup mieux qu’une quelconque prostituée expérimentée» 17.

Adorée et divinisée, la fillette acquiert un statut de toute-puissance, même un pouvoir salvateur. Par sa beauté, sa grâce et sa sexualité effrénée, elle se trouve métamorphosée en une jeune Aphrodite, «la gracieuse petite prêtresse d’Aphrodite, la prêtresse mineure d’Aphrodite» 18, à un ange céleste, à une sainte – l’enfance étant considérée comme l’âge le plus proche de la sainteté.

 

Ces jeunes écolières haletantes

De par leur âge, les jeunes nymphes qui peuplent l’univers d’Embiricos, ne peuvent être que des écolières. Et ce lien entre pédagogie et pédophilie est souligné à maintes reprises, notamment dans Le Great Eastern, mais également dans d’autres écrits embiricéens, comme Octana ou Amour Amour. Nous retrouvons plusieurs exemples de pédagogues pédophiles, d’hommes, mais aussi de femmes qui profitent de leur activité professionnelle et de leur position dominante pour séduire des enfants prépubères et inexpérimentés. Cette relation fantasmatique pédophile puise ses origines dans la société athénienne de l’âge classique où la pédérastie était non seulement tolérée, mais considérée comme le modèle idéal de la relation amoureuse et pédagogique. Embiricos, qui reste toujours fidèle aux découvertes psychanalytiques, semble non seulement partager la considération que l’école consiste en une des valeurs qui oppriment la sexualité infantile, mais aussi montrer une insistance obsessionnelle afin de prouver que les jeunes écolières ne voient chez leur pédagogue que l’initiateur à l’univers sexuel, univers beaucoup plus intéressant que les connaissances que leur offre le système éducatif traditionnel. Si au sein de celui-ci, les élèves sont intentionnellement privés de tout savoir érotique et de toute initiation sexuelle, le poète grec considère comme essentielle l’éducation sexuelle au sein de l’éducation scolaire, notamment au travers de la sexualisation du maître.

Embiricos n’hésite pas à montrer l’admiration qu’éprouvent les hommes devant les charmantes jeunes écolières en soulignant l’aspect provocant de ces dernières, voilé par leur apparence pudique et scolaire. À titre d’exemple, dans Octana, et plus précisément dans le texte intitulé «Dans la rue des Philhellènes», le corps sensuel, «les cuisses fermes et les seins palpitants» 19 des écolières, font rêver la foule: «(…) tout le monde faisait semblant que par hasard, en raison de promiscuité, se produisaient sur les charmes sphériques des écolières accueillantes et des jeunes filles, ces contacts intentionnels et extatiques dans les véhicules»20.

Dans Le Great Eastern, il décrit le moment de la défloration de la jeune écolière par un amant expérimenté pour signaler la nécessité de l’initiation sexuelle des enfants. En effet, les fillettes, nonobstant leur obsession sexuelle et leur lascivité sans précédent, se présentent, au début de leur initiation à la sexualité comme totalement innocentes. Lord Algernon raconte à la comtesse Paola Crinelli l’histoire de la défloration de la petite Anny, une fillette âgée de dix ans:

Je te disais Paolina, qu’à ce moment, Anny, branlait pour la première fois un homme –moi-même… Mais il faut souligner quelque chose encore. Que non seulement cette petite jouait avec une verge, mais qu’elle était totalement innocente. Car il faut que tu saches que, jusqu’à ce moment, Anny était la fillette la plus ignorante parmi les nombreuses fillettes avec lesquelles je m’étais livré à l’acte érotique21.

On peut distinguer trois catégories principales de pédagogues qui revendiquent directement ou indirectement un lien érotique avec les enfants. Le plus souvent, les élèves se font séduire par un homme pédagogue, toujours hétérosexuel, qui choisit son métier uniquement dans le but devenir l’amant des fillettes et de les initier au monde de la sexualité. Les femmes pédagogues, gouvernantes ou préceptrices, qui apparaissent dans l’œuvre embiricéenne sont bien plus rares et la plupart d’entre elles s’intéressent uniquement aux fillettes, revendiquant de cette manière une relation pédophile homosexuelle. Les gouvernantes pédagogues non homosexuelles qui apparaissent à plusieurs reprises dans les écrits du poète grec, sont celles qui tiennent le rôle de l’intermédiaire – elles sont «piégées» par le pédophile qui entame une relation amoureuse avec elles afin de séduire l’enfant prépubère – et qui facilitent ainsi l’approche de l’amant pédophile de l’enfant dont elles s’occupent22.

 

Provocantes, avides de sperme et de jouissance

Dans sa tentative d’innocenter, de légitimer la pulsion pédophile et de lui donner une place parmi les pulsions érotiques dites «normales», Embiricos dote les fillettes d’une avidité sexuelle sans précédent et d’un comportement extrêmement provocant, afin de souligner leur maturité érotique à la fois physique et psychique précoce, mais complète depuis l’âge le plus tendre. Les fillettes embiricéennes s’adonnent à toutes les formes de l’acte sexuel, avec nombre de partenaires différents afin d’arriver à la jouissance, conçue comme le moment le plus précieux de la vie humaine. Il ôte toute référence aux troubles et aux blessures psychiques et psychologiques – même dans le cas du viol, conçu comme la composante principale de la virilité masculine, comme ce «minimum de sadisme» souhaité par grand nombre d’héroïnes – qu’elle pourrait provoquer chez l’enfant, effectivement pas encore mature psychologiquement ou physiquement, à s’initier au monde de la sexualité en mettant l’accent sur ce besoin, dicté par la nature, de libérer l’érotisme des contraintes extérieures.

Il faut préciser que ce sont les fillettes qui provoquent et qui séduisent le plus souvent le pédophile. L’attachement à une sexualité débridée, libre, à un érotisme nu, direct et éphémère et l’absence des discours sentimentaux ou romantiques de la part des hommes matures toujours en érection, est remarquable et considéré comme «ennuyeux» 23, ou «malsain» 24. L’accent est toujours mis sur les parties sensuelles du corps, sur la volupté indéniable des fillettes, sur les parties génitales, sur les formes du corps, sur le besoin insatiable de jouissance, sur cette soif de satisfaire le désir sexuel, au travers des descriptions réalistes, minutieuses, crues, licencieuses des ébats érotiques. Le discours de la jeune Ethel nous semble représentatif quant à ce genre de rapport: «Je vous supplie… (…) Je ne peux pas attendre un autre jour… je… je vais devenir folle à cause de mon excitation… je vais tomber malade… Baisez-moi, je vous en prie… Je vous trouve tellement sympathique… Baisez-moi…»25. On dirait que les sentiments qui prédominent le rapport entre les pédophiles et les fillettes ou, plus rarement, les petits garçons prépubères sont ceux de l’admiration et de la sympathie sexuelle, toujours en fonction de leur physique et de leurs capacités lors des jeux sexuels et bien moins des qualités intellectuelles ou psychiques.

La sexualité idéale des jeunes héroïnes est soulignée par les moyens utilisés pour réussir l’orgasme. L’onanisme, explicitement décrit dans le roman, consiste en une activité très chère aux fillettes, qui sont prêtes à découvrir tous les moyens afin de satisfaire leurs désirs sexuels. Il s’agit d’une initiation à la sexualité, obligatoire dès l’âge prépubère des enfants, acte nécessaire et bénéfique en cas de manque de partenaire érotique, qui signale ce besoin constant de jouissance.

Le besoin essentiel, la soif profonde pour le sexe et la semence masculine, «(…) l’élixir de la vie, le baume céleste de la vie, le colostrum supersubstantiel de la verge» 26, chez les fillettes prend, à travers les descriptions détaillées dans l’œuvre d’Andréas Embiricos, une dimension obsessionnelle. À titre d’exemple, dans Zemphyra ou le secret de Pasiphaë, la jeune dompteuse regarde passionnément son père accomplissant l’acte sexuel avec une servante, âgée de tout au plus de quatorze ans. Amadeus Braumer «(…) remplit la bouche de la petite avec du sperme, que la jeune fille avala avec une grande avidité, en poussant instamment avec sa main droite ses lourds testicules, comme si elle voulait forcer son père à lui offrir plus de jus spermatique»27. De même, dans le roman-fleuve, la jeune Flossie, qui pourrait effectivement être comparée à la jeune Lili telle qu’elle est présentée dans Trois filles de leur mère (1926) de Pierre Louÿs, est décrite comme une gourmande du sperme. La petite fille est fascinée non seulement par la vue de la jouissance masculine, mais aussi par le goût et l’odeur de la semence:

Il faut noter ici, entre parenthèses (...) que cela plaisait beaucoup à Flossie et qu’elle s’enivrait par la forte odeur du sperme, qui se lançait tellement souvent, après l’onanisme, sur son visage (...) elle voulait téter et manger, non seulement cette partie, mais toutes les doses de la précieuse et voluptueuse crème spermatique, afin de jouir non seulement  (...) l’acte du pompage et le spectacle bouleversant de chaque éjaculation, ainsi que de son odeur particulière et de son goût très onctueux. (...) Et tout cela, car elle adorait au sens propre, autant l’odeur que le goût et le gluant du sperme27.

Et les jeunes nymphes lascives ne sont pas seulement obsédées par la semence masculine et par l’orgasme, mais ce sont toujours elles qui prennent l’initiative de séduire leurs admirateurs, tentent de se faire remarquer et d’éveiller l’intérêt sexuel des héros pédophiles tantôt par des stratégies très délicates et gracieuses, tantôt par des tactiques directes et vulgaires, qui s’avèrent toujours très efficaces: avec des paroles, avec des regards à la fois réservés et impudiques, avec des sourires à la fois «angéliques et malins» 28, avec des gestes suggestifs, provocants et vulgaires, même exhibitionnistes. À travers la voix de l’artiste français Émile Berthier, Embiricos affirme: «Les paroles des fillettes, les gestes gracieux, impudiques, mais à la fois très naturels, la vue de leurs belles vulves, et leurs invites intelligentes et sympathiques, nous ont rendu encore plus excités»29. Notons que l’insistance des fillettes embiricéennes quant à la démonstration de leur pubis «totalement imberbe et impudent» 30, pourrait faire allusion à la mythologie grecque, notamment à la nourrice Baubô qui exhibe sa vulve devant Déméter endeuillée par la disparition de sa fille, Perséphone, en la faisant ainsi sortir de sa dépression.

 

Afin de faire triompher un érotisme polymorphe et tout-puissant

Les fillettes lascives perçoivent leur séduction par les héros d’un certain âge, comme une sorte de victoire sur les contraintes de la morale et de la religion, comme une initiation aux secrets les plus profonds du monde des adultes. Telles qu’elles sont présentées à travers le regard du héros pédophile, les jeunes nymphes par leur conduite fortement érotique, égale ou même supérieure à celle des femmes adultes, se révoltent contre toute contrainte qui leur interdit la jouissance la plus merveilleuse et se laissent séduire par les messieurs mûrs et expérimentés. Elles revendiquent le plaisir sexuel offert aux adultes. Elles sont les initiatrices de l’érotisme, celles qui vont vaincre les interdits qui empêchent l’accomplissement du plaisir érotique. Et les pédophiles libertins, porte-parole de l’auteur lui-même, fortement appréciés par les fillettes, cèdent, sous la dictée de leurs instincts érotiques par la nature, à la tentation en échappant ainsi au contrôle exercé par les règles imposées dans la civilisation, dans le but de prouver la toute-puissance d’un érotisme certes non exclusif, démesuré, totalement libéré qui dominera le Nouvel Eden, cette Octana idéale embiricéenne:

Voici donc, que d’une certaine manière, et de quelle belle manière, elle s’était vengée des cerbères aux dénominations nombreuses qui ne permettent pas aux fillettes de jouir sexuellement. Voici, que quoique victime du code moral que les adultes appliquaient aux petites filles, voici, qu’elle avait joui d’une activité, parmi celles qu’une grande partie des adultes le plus souvent interdisent aux petites, bien qu’ils se les permettent à eux-mêmes…31. 

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  • 1. «(…) όχι με την μορφή μικρού αγοριού που γνωρίζουμε από τη μυθολογία μας αλλά με τη μορφή παιδίσκης ωραιοτάτης "ελπίδας μας αυριανής". Μία μικρή σύγχρονη θεά που το ραβδάκι της είναι από μίσχο ή από ανάβρυσμα νερού και που αρκεί να τ’αγγίξει κάπου για ν’αναπαρθενευτούν τα πάντα, συνάμα και να διεγερθούν ερωτικά», Odysseus Elytis, Référence à Andréas Embiricos (Αναφορά στον Ανδρέα Εμπειρίκο) (1979), Athènes, Ypsilon, 1980, p. 45.
  • 2. Andréas Embiricos, «Le verbe contempler», in Domaine intérieur (1945), traduit du grec par Jacques Bouchard, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 22.
  • 3. «η εκ γενετής λάγνος αυτή κόρη», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. III,  Athènes, Agra, 1991, p. 286.
  • 4. Nous estimons à ce point qu’Embiricos s’éloigne de la thèse freudienne sur la sexualité infantile en limitant la période de latence où les enfants témoignent d’un désinteret sexuel et qui a ses débuts à partir de la cinquième ou de la sixième année de l’enfance. Les fillettes embiricéennes commencent leur experimentation sexuelle le plus souvent à l’âge de sept ans.
  • 5. "Είναι ένδεκα ετών... Μα είναι πιο θερμή από πολλές κοπέλλες 20 και 25 ετών, που γαμιούνται από πολύ καιρό"»,  Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. VIII, Athènes, Agra, 1992, p. 45.
  • 6. «η μικρά γόησσα», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. II, Athènes, Agra, 1990, p. 305.
  • 7. «the (…) young nymph, ethereal and angelic and extremely poetical», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. VI, Athènes, Agra, 1991, p. 28.
  • 8. «(…) η τελέιως αθώα, αλλά ασυνειδήτως και πολύ λάγνα μικρούλα», ibid.,  p. 185.
  • 9. «η φιλήδονος αγγελική παις», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. I, Athènes, Agra, 1990, p. 199.
  • 10. «η αγγελική ερωτομανής παις», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. VIII, op. cit., p. 179.
  • 11. «το αγγελικόν, γλυκύτατον πρόσωπον», ibid., p. 31.
  • 12. «τελεία μικρά ιέρεια της ηδονής», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. III, op. cit., p. 141.
  • 13. «η θερμή αυτή μικρά ιέρεια της Αφροδίτης, η υπέρ παν άλλο λατρεύουσα τον έρωτα και διακονεύουσα την ηδονήν», ibid., p. 281.
  • 14. «η χαρίεσσα παις µε την αγγελικήν µορφήν»,», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. I, op. cit., p. 132.
  • 15. «µικράν αγγελικήν νύµφην», ibid., p. 137.
  • 16. «το εξαίσιον κοράσιον µε τα καστανά µαλλιά και την αγγελικήν όψιν», ibid., p. 138.[/fn, «l’ange véritable» «Είσαι αληθινός άγγελος», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. VIII, op. cit., p. 177.
  • 17. «(…) ενώ εφαίνετο και ίσως να ήτο άγγελος αυτή η κορασίς, ωστόσον εδέχετο και έκαμνε τα πάντα πολύ καλλίτερα απο οιανδήποτε έμπειρον ιερόδουλον», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. VII, Athènes, Agra, 1992, p. 27.
  • 18. «ανήλικος ιέρεια της Αφροδίτης», «η χαρίεσσα µικρά ιέρεια της Αφροδίτης», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. I, op. cit., p. 238 et 281.
  • 19. «τους σφικτούς γλουτούς και τα σφύζοντα στήθη», Andréas Embiricos, «Dans la rue ses Philhellènes», in Octana (Οκτάνα), Athènes, Ikaros, 1980, p. 10
  • 20. «(…) άπαντες προσποιούμενοι ότι τυχαίως, ως εκ του συνωστισμού, εγίνοντο επί των σφαιρικών θελγήτρων των δεκτικών μαθητριών και κορασίδων αυταί αι σκόπιμοι και εκστατικαί μέσα εις τα οχήματα επαφαί», id. ibid.
  • 21. «Σου έλεγα Παολίνα, ότι την ώρα εκείνη η Άννυ, για πρώτη φορά μαλάκιζε έναν άνδρα – εμένα… Αλλά πρέπει να τονίσω ακόμα κάτι. Ότι όχι μόνο έπαιζε, η μικρούλα αυτή, με μια πούτσα, μα και ότι ήτο τελείως αθώα. (…) Διότι πρέπει να γνωρίζης, πως έως την στιγμήν εκείνη, (…) η Άννυ ήτο το πιο ανήξερο κοριτσάκι από τα πολλά με τα οποία συνέπραξα ερωτικώς», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. II, op. cit., p. 276.
  • 22. Notons que l’on retrouve même un exemple unique et peut-être choquant, celui du pédophile Lord Clifford, qui tente de séduire une fillette de trois ans que sa gouvernante promène dans son landau. La petite fille est présentée à la fois comme pure et innocente, mais empressée quant aux rapports sexuels avec l’homme mûr, et sa gouvernante non seulement ne tarde pas à donner son accord, mais se montre impatiente pour initier la petite aux secrets du sexe: «(…) J’ai connu la belle gouvernante blonde, âgée de tout au plus vingt-deux ans, assise sur un banc avec une fillette gracieuse d’environ trois ans. (…) Moi, voyant l’occasion rare qui m’était offerte, de me faire masturber et peut-être lécher par une fillette d’à peine trois ans, tout de suite j’ai regardé la gouvernante d’un air interrogateur et, par gestes et par signes, je lui ai demandé de savoir si elle allait me laisser m’adonner au plaisir avec ce bébé à la fois totalement innocent, mais si empressé. La belle gouvernante, (…) après avoir jeté un regard autour d’elle, faisant preuve d’un manque extraordinaire de jalousie et de contrôle moral, a fait un signe de tête positif comme si elle disait: "Mais bien sur… oui… oui… avancez…". Et elle attendait avec la même avidité que moi de voir ce qui allait se passer (…) et ajouta à l’instant en parlant à la fillette: "Mais bien sûr mon enfant… Suce… T’as eu une très bonne idée… Bravo… Prends le zizi du monsieur dans ta bouche et suce-le… Lèche-le et suce le comme une tétine et tu verras combien de lait, combien de jolie crème il t’offrira…"», («(…) γνώρισα και την όμορφη ξανθή γκουβερνάντα έως 22 ετών που καθόταν σ’εναν πάγκο, με ένα χαριτωμένο κοριτσάκι περίπου 3 ετών. (...) Εγώ, βλέποντας την σπάνια ευκαιρία που μου παρείχετο, να μου την παίξη και ίσως να μου τη γλείψη μια παιδούλα μόλις 3 ετών, αμέσως κοίταξα ερωτηματικά την νέρσα και με χειρονομίες και νεύματα ζήτησα να μάθω αν θα με άφηνε ή όχι να λαγνουργήσω με την τελείως αθώα και τόσο πρόθυμη μπεμπέκα. Η όμορφη γκουβερνάντα, αφού έρριξε γύρω της μια ματιά, με καταπληκτική έλλειψη ζήλειας ή ηθικού ελέγχου, ένευσε κατααφατικά με μεγάλη ζωηρότητα, σαν να έλεγε: "Μα βέβαια... ναι... ναι... προχωρήστε..." Και περίμενε με την ίδια λαχτάρα όπως και εγώ να δη τί θα συνέβαινε (...) και αμέσως πρόσθεσε μιλώντας στο κοριτσάκι: "Μα βέβαια χρυσό μου... Να κάνεις πιπίλα... Είχες πολύ καλή ιδέα... Μπράβο... Παρ’το το πιπί του κυρίου στο στόμα σου και κάνε του πιπίλα... Γλείψε το και πιπίλισέ το καλά-καλά να δης πόσο γάλα, πόση όμορφη κρέμα θα σου δώση..."»), Andréas Embiricos, Le Great Eastern, Vol. IV, op. cit., p. 166, 182-183 et 184.
  • 23. «discours sentimental ennuyeux (…)», («βαρετής (...) αισθηματολογίας» ), Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. VII, op. cit., p. 200.
  • 24. «sentimentalisme malsain»,  («νοσηρού αισθηματισμού»), id. ibid.
  • 25. «Σας ικετεύω… (…) ∆εν µπορώ να περιµένω άλλη µέρα ... θα ... θα τρελλαθώ από την καύλα µου.. θα αρρωστήσω ... Γαµήστε µε, σας παρακαλώ ... Σας συµπαθώ τόσο πολύ... Γαµήστε µε ...», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. I., op. cit., p. 234-235.
  • 26. «(…) το ελιξήριον της ζωής, το θεσπεσίον βάλσαµον της ηδονής, το υπερούσιον πίαρ της ψωλής», ibid., p. 269.
  • 27. a. b. «Εγέμισε το στόμα της μικράς με σπέρμα, το οποίον μετά μεγάλης λαιμαργίας κατέπιε η νεαρά, πιέζουσα επιμόνως με την δεξιάν της τους βαρείς όρχεις του, ωσάν να ήθελε να αναγκάση τον πατέρα της να της προσφέρει περισσότερο σπερματικόν χυμόν», Andréas Embiricos, Zemphyra ou le secret de Pasiphaë (Ζεμφύρα ή το μυστικόν της Πασιφάης) (1998), Athènes, Agra, 2009,  p. 32.
  • 28. «μειδίαμα αγγελικόν αλλά και ολίγον πονηρόν συγχρόνως», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. IV, op. cit., p. 192.
  • 29. «Τα λόγια των κοριτσιών, οι τόσο άσεµνες, µα τόσο φυσικές και χαριτωµένες χειρονοµίες των, η θέα των όµορφων µουνιών των και τα έξυπνα και συµπαθητικά πειράγµατά των, µας άναψαν ακόµη πιο πολύ τα αίµατα», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. I, op. cit., p. 220.
  • 30. «(...) το τελείως άτριχον και προπετές μουνίδιον», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. III, op. cit., p. 121.
  • 31. «Ιδού λοιπόν, που κατά κάποιον και τι ωραίον τρόπον, είχε εκδικηθεί τους ποικιλωνύμους κερβέρους που δεν επιτρέπουν να τέρπωνται ερωτικώς αι κορασίδες. Ιδού, λοιπόν, που μολονότι αδικούμενη από τον κώδικα της ηθικής που εφήρμοζαν, προκειμένου περί μικρών κορασίων, οι μεγάλοι, ιδού που είχε απολαύσει, (…) κάτι από αυτά που τόσοι και τόσοι ενήλικες συνήθως απαγορεύουν εις τας μικράς, ενώ τα επιτρέπουν εις τους εαυτούς των...», Andréas Embiricos, Le Great Eastern, vol. II, op. cit., p. 167-168.